Afrique: L’Allemagne, espoir d’une réforme de l’ONU d’ici 2028

Dossier à suivre de près ou à mettre sur agenda sur la décennie 2020-2030. Vue d’Allemagne, il est possible que le monde change. Du moins, les grands équilibres hérités de 1945 peuvent être modifiés. Sans le dire expressément, la diplomatie allemande y travaille. C’est le sens du bilan que dressait Heiko Maas, ancien ministre fédéral des Affaires étrangères au terme du passage de l’Allemagne au conseil de sécurité de l’ONU consécutivement en 2019 et 2020. Tout n’est donc pas passager comme ce  statut de membre non permanent qui semble de plus en plus coller mal à la peau de la première puissance économique de l’Union Européenne.

Heiko Maas a donné les premiers signes de lassitude. « Ces deux dernières années (2019-2020, Ndlr), nous ont montré que nous étions capables d’occuper à long terme un siège au Conseil de sécurité de l’ONU », lit-on sur le site internet de l’ambassade d’Allemagne à Berne en Suisse. Tout porte donc à croire que l’Allemagne a donné tous les gages de sa présence dans le cercle des grands du monde. Les cinq membres permanents de ce conseil de sécurité sont là dans une sorte de G5. Ils donnent leurs onctions pour les actions internationales dans divers coins du monde en exhibant le véto.

Sans la France, la Chine, les États-Unis d’Amérique, la Russie et la Grande Bretagne, le monde n’aurait pas de sens. À titre individuel ou de manière concertée, les principaux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale accordent leurs violons. Tout le monde dansant à ce rythme comme ce fût le cas durant la Guerre froide de 1946 à 1989. Une autre faiblesse que l’Allemagne a su surmonter malgré l’occupation par chacune des quatre puissances d’une parcelle de son territoire. C’est l’idéal démocratique qui permettra de fédérer trois la France, les États-Unis et la Grande Bretagne d’un côté et la Russie, l’ex-URSS de l’autre. 

Si l’Allemagne a résisté à prendre la position de puissance majeure en Europe et partenaire stratégique américain ou encore russe et même chinois, c’est parce que le gouvernement fédéral privilégie le multilatéralisme. C’est le projet de construction des stratégies au niveau global qui a d’ailleurs caractérisé ses deux années consécutives au sein du Conseil de sécurité.

L’Afrique n’a pas été épargnée dans ce multilatéralisme, l’alternative de l’Allemagne dans le système international. À quelques exceptions près, on a vu les officiels allemands porter la situation d’un pays africain sur la table des discussions. Par contre, à plusieurs reprises, l’Allemagne a pensé global pour l’Afrique en matière de sécurité, de protection de l’environnement, des droits de l’Homme ou encore de la femme spécifiquement. En temps de Coronavirus, avec la globalisation de la pandémie en 2020, l’Allemagne s’est penchée sur la question en lien avec les zones de conflits.

Fort d’une telle démarche, logique aux gages donnés par le passé pour réduire ses intérêts ou velléités hégémoniques, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne, n’a pas hésité en décembre 2020 à poser la nécessité de l’Allemagne à voir éclater le G5. Au regard du bilan de membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU en 2019 et 2020, « nous voulons non seulement être une nouvelle fois candidats à un siège non permanent dans huit ans » explique Heiko Maas. Il ne s’agit que d’un pan de sa volonté. En réalité, le chef de la diplomatie allemande va plus loin « (nous) souhaitons également devenir d’ici là un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies ». Ce qui relance la question de la réforme. L’Allemagne la veut au plus tard en 2028.

De par sa stature internationale, si l’Allemagne obtient son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, la conséquence immédiate touche l’Afrique. Le continent est absent de l’instance onusienne d’usage du véto depuis sa création. S’il est vrai qu’avec une Allemagne membre permanent du Conseil de sécurité, c’est assurer trois places pour la seule Europe, l’Afrique tient aussi une brèche pour un plaidoyer susceptible d’aboutir à l’attribution de deux sièges permanents au Conseil de Sécurité. L’un pour l’Afrique subsaharienne et l’autre pour le Maghreb. Conservateur du tracée des frontières avec la conférence de Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, en impulsant son entrée au sein du conseil de sécurité de l’ONU comme membre permanent, l’Allemagne semble fatalement détenir la carte d’accès pour les représentants de l’Afrique avec le même statut. Un autre signe du multilatéralisme cher au gouvernement fédéral.   

Pierre NKA, Éditorial du 4ème trimestre 2020 de Mittelafrika Inside, la Note de Conjoncture sur la relation Allemagne & Union Européenne – Afrique. Archives disponibles à la commande contact@mittelafrika.com – pierre.nka@mittelafrika.com – pierrelegrandnka@gmmail.com

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