Boko Haram : L’autre négligence du Cameroun

Déjà 3 ans que l’allemande Friedrich Ebert Stiftung (FES) à Yaoundé avec compétence sur l’Afrique centrale portait son analyse sur le conflit Boko Haram au Cameroun. L’interrogation « Pourquoi la paix traîne-t-elle ? » reste d’actualité quelques jours après l’attaque islamiste radicale du 1er août 2020 ayant causé la mort de 16 personnes dans la commune de Mozogo qui abrite le camp de Nguetchewe à l’Extrême nord du Cameroun.

La réponse à la question de la FES avait été élaborée par des universitaires et experts sur la question. Il s’agit des professeurs Joseph Vincent Ntuda Ebodé et Mark Bolak Funteh, du Dr. Henri Mbarkoutou Mahamat et de M. Léa Joseph Ngoula Nkalwo. Dans cette publication qui remonte à 2017, dans le cadre des Nouvelles approches de sécurité collective, FES remonte l’histoire et le contexte d’émergence du phénomère Boko Haram, les acteurs, les enjeux et perspectives du conflit avant de chercher à répondre à la question lancinante : « Pourquoi la paix traîne ? ».

Particulièrement dans cette dernière partie, la publication fruit d’un travail interdisciplinaire et plurisectorielle livre son diagnostic sur le comportement du Cameroun face à Boko Haram. Mieux, ce rapport relève les manquements face à cette nébuleuse. L’on y apprend une sorte de réappropriation de la terreur à l’échelle locale. Il s’agit d’une « tendance au regroupement des ressortissants d’un même village dans le même groupe ». Et c’est en masse que les adhésions ont lieu chez Boko Haram.

Généralement, par opportunisme « des parents ne supportant pas l’humiliation et la stigmatisation de la communauté ont préféré rallier le camp de leurs proches au sein de Boko Haram ». D’autres regroupements hétéroclites prospèrent sous la forme d’entrepreneurs du crime. Dans leur rang peuvent se retrouver des récidivistes notamment dans le vol du bétail. Cette privatisation de la violence se poursuit par « la sanctuarisation des zones et le contrôle des ressources ».

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Le front de la dé-radicalisation n’est pas ouvert au Cameroun

Mais le plus déplorable dans la stratégie du gouvernement camerounais face à Boko Haram est « l’absence d’une stratégie de dé-radicalisation ». En réalité, « à la différence du Nigeria, du Tchad et du Niger qui se sont inscrits dans une logique de retour à la paix par l’acceptation du principe de pardon aux radicalisés, le Cameroun semble convaincu que l’option militaire est la seule fiable » écrit les auteurs de la publication « Séries FES sur la paix et la sécurité en Afrique N°21 » en 2017.

Bien plus, évaluant l’action du Cameroun pour vaincre Boko Haram, la publication constate que même si des actions de sensibilisations contre les actions et idéologie de cette secte sont le fait des associations et autres partenaires, elles « ne s’inscrivent dans aucune matrice d’actions, elle-même tributaire d’une politique de contre-radicalisation à l’échelle nationale ». Par conséquence, « ce déficit structurel amplifie la question de la dé-radicalisation dont l’enjeu réside dans la déconstruction cognitive d’une conviction radicale ».

Pour marquer ce déficit, l’étude de 2017 renseigne que « de la contre-radicalisation à la dé-radicalisation, le Cameroun ne semble pas avoir amorcé le processus de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent au niveau national ».

Cette sorte de bilan justifie bien la survivance d’attaques répétées dans la région de l’Extrême-Nord sans oublier le risque de progression dans d’autres régions du pays. Une évidence lorsque FES relève « l’absence d’une réponse organisée face au retour d’environ 400 personnes revenues des zones d’opérations de Boko Haram et qui ont été cantonnées dans l’enceinte de la marie de Mozogo dans le département du Mayo-Tsanaga en avril 2017 ». Et à l’heure du décompte, entre le 1er janvier et le 5 août 2020, ce n’est pas moins de 87 attaques de Boko Haram qui ont été enregistrées au Cameroun, rapporte la presse locale.

Pierre Nka

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